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LE SÉPARATISME ISLAMISTE

On ne résoudra pas le problème de la radicalisation en intentant des procès d’intention à toute la communauté musulmane

Les dérives islamophobes de l’État français

Autrement dit l’islamophobie d’État. On ne le cache même plus, le musulman est potentiellement islamiste et il faut à tout prix endiguer ce phénomène séparatiste avant qu’il ne fasse s’écrouler la République. Ce n’est malheureusement pas caricatural comme analyse sous-jacente, c’est l’idée même que ce projet porte en son titre et c’est très grave. Cette notion même ne répond à aucune réalité et est foncièrement contre productive. E. Macron  utilise ce nouveau terme accrocheur de séparatisme pour remplacer celui de communautarisme, un peu trop remis en question, auquel il ajoute une notion bien connue en France de rupture avec la République qu’on appelle « indépendance » pour les entités régionales qui s’en réclament (historiquement y a eu la Bretagne, l’Alscace, la Corse, le Pays Basque, Mayotte, actuellement la Nouvelle Calédonie dont le 2ème référendum sur l’indépendance qui a lieu ce jour ne fait pas la une de l’actu des dernières semaines, étrangement, et j’en passe). En général une rupture est demandée avec la France qui ne représente plus une large partie de sa population, et qui ne se sent plus y appartenir. Faut dire que dans ce processus, l’assimilation est la grande responsable. Pas de particularismes, sinon la Nation s’effondrerait. En tant qu’occitane, si si je vous assure, j’en sais quelque-chose, c’est ainsi que se construit l’identité nationale de ce pays, gommer les différences en imposant un modèle unique érigé en idéal type au point de faire des langues régionales des langues mortes, d’éliminer tous les accents des médias nationaux et de limiter l’organisation le territoire à ce que le géographe a justement nommé : Paris et le désert français. N’en déplaise à la décentralisation qui n’y a pas changé grand chose.

Or ici ce que l’État fait c’est rejeter l’Islam et ses membres nommés « islamistes » difficilement identifiables (pensons aux critères récemment énumérés pour inciter à la délation du musulman lambda) via une petite pirouette qui voudrait nous faire croire que c’est eux qui cherchent à rompre, chose qu’on entend nulle part dans la communauté, ceux voulant réellement se détacher quittent le territoire pour un pays musulman en faisant ce qu’ils considèrent comme l’hijra ou bien immigrent vers une terre plus accueillante qu’elle soit musulmane ou non (ce qui est mon cas) où ils pourront vivre plus librement et être respectés pour ce qu’ils sont.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789

Ce faisant, sur le territoire national, cette politique stigmatisante et injuste, prend pour prétexte la laïcité en déviant cette notion de son véritable sens, pour soustraire à la partie musulmane des citoyens la liberté de pratique, de conscience et de religion pourtant fondement de la Constitution de la Vème République. En effet rappelons que ces principes sont constitutifs de notre République en ce sens qu’ils font partie du préambule de la Constitution de 1958 qui inclut la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 où l’on peut lire : « Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. » Tout ceci exaspère à juste titre  les musulmans (et une bonne partie de la société qui n’est pas dupe) et alimente la radicalité de la frange infime de la communauté qui est tentée par l’extrémisme, et est en ce sens contre-productif. On ne résoudra pas le problème de la radicalisation en intentant des procès d’intention à toute la communauté musulmane, ni en instaurant une chasse aux sorcières.

Imam pakistanais arrêté par la police le 3 octobre 2020 (Val d’oise)

Ce qu’il faudrait c’est de l’inclusion et du dialogue, sans stigmatiser personne et dans les deux sens. L’existence d’extrémistes qui se revendiquent de l’islam ne doit pas nous faire occulter le danger que représentent les islamophobes pour l’intégrité de la Nation (CF: analyse comparée de l’actu et de la médiatisation entre deux jeunes : l’ex MIE Pakistanais dont on a divulgué le prénom, l’origine…, qui a isolément attaqué les anciens locaux de Charlie Hebdo (dont la critique est interdite) et celui qui a tiré devant leur moquée après préméditation sur Osman et l’imam Rachid Eljay (dont la critique même sur le lit d’hôpital est encouragée) qui est simplement qualifié de « déséquilibré »). 

Pour faire un parallèle avec le Québec et plus largement l’Amérique du Nord, on a constaté au Canada depuis l’élection de D. Trump, une augmentation significative de l’activisme des « suprémacistes blancs ». Ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. On n’ a pas de termes équivalents en France à ma connaissance, ce qui est historiquement compréhensible, si ce n’est peut être ce qu’on caractérise comme l’extrême droite. Indiscutablement, ce sont leur voix que l’État cherche à récupérer actuellement, au détriment de tous les musulmans pleinement acteurs de la bonne marche de la France.

Le terme même d’ « islamiste » fait problème, lexicalement (il inclut forcément ceux qui appartiennent à la communauté musulmane et exclut tous les autres) ainsi que dans sa définition même. Je vous donne un extrait du discours d’E. Macron qui en témoigne de par son illogisme et ses contradictions : « Quand on ne règle pas le problème de l’islam radical, quand des choses inacceptables s’installent, toute manifestation de la religion au nom de laquelle certains font le pire devient insupportable pour certains et pour certaines. »  « ll y a la jeune fille ou la femme libre, qui est citoyenne, pleinement et qui décide de porter le voile, librement (…) qui suis-je pour lui dire qu’elle n’aurait pas les mêmes droits qu’une autre citoyenne ? », a-t-il déclaré. « Mais à côté de ça, il peut y avoir la même jeune fille, ou presque, qui met le voile parce que c’est un projet, parce qu’elle le fait en référence à une conviction, à un projet politique (…) c’est ça qui nous pose problème », a-t-il ajouté. « La difficulté, c’est que je ne peux pas m’attacher à ça par une loi qui toucherait les deux (jeunes femmes), a-t-il estimé, parce que ce serait injuste. » « La seconde femme (…) il faut essayer d’aller la récupérer par tout le reste et lui interdire ce qui est manifestement incompatible avec nos règles ».

Grosso – modo : puisqu’il y  a des terroristes musulmans, interdisons la manifestation de l’appartenance à cette religion qui fait écho en nous à de la criminalité. Absurdité complète… Ai-je besoin de plus développer, je pourrais continuer des heures mais je vous laisse la parole, je suis tannée comme disent les québécois. Cette expression qui nous renvoie au cuir tanné, fané d’avoir tant été utilisé sans ménagement aucun, est pour le moins appropriée.

Pour conclure j’ajouterais qu’ici en Amérique du Nord, le communautarisme, le sentiment d’appartenance à une communauté, est mélioratif, il est le noyau dur de la vie de quartier, de la vie associative et de la cohésion sociale dans son ensemble. Les anglophones y sont très attachés. Les communautés juives, protestantes, catholiques, musulmanes, sportives, associatives, LGBT coexistent et agissent pour la cohésion de l’ensemble. Lors des élections, les élus viennent à tour de rôle présenter leur programme à la fin du khotba de joumoua’ dans la mosquée et on peut poser nos questions sans que cela ne choque personne, on est pris en compte dans notre globalité en tant que musulman comme tout citoyen et la France ferait bien de s’en inspirer car malheureusement elle inspire bien trop les autres et désastreusement. Entre l’influence de Trump et de Macron, le Québec a du soucis à se faire. Et en tant que Française je suis vraiment outrée par la tournure que prend mon État.

J’espère lire vos commentaires.

Fraternellement.

Par Khadija

Je suis convertie à l'Islam depuis le Ramadan de l'année 2014. Je me ferai appeler ici par mon surnom, choisi en hommage à le mère des croyants Khadija bint Khuwaylid, radi allahu anha bien que j'ai gardé mon prénom de naissance dans ma vie courante. Je souhaite mettre à profit mon expérience et mes recherches sur l'Islam et d'autres domaines de la vie au service de la communauté musulmane et de l'ensemble de la société. Mon objectif est de faire connaître une vision sage de l'Islam, répandue chez ses pratiquants mais si peu en dehors de ce cercle. Puisse Allah nous permettre de faire partie de ses rapprochés, puisse Al Hadi nous faire embrasser As Sirat Al Moustaqim

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