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Aïd El-Adha

Quels sont les fondements de l’Aid el Adha ? L’ objectif de cette publication vise à revenir sur l interprétation communément admise du sacrifice d’Ibrahim afin de mieux le comprendre et d’ harmoniser la pratique de l’islam à sa philosophie, en faisant rejoindre la manifestation de ses rites à leur bonne compréhension spirituelle.

Autour de l’origine et du sens de la plus grande célébration musulmane

As Salam Alaykoum Wa Rahma Allah Wa Barakatuh,

Les musulmans célèbrent aujourd’hui, 10ème jour du mois de Doul al hijja, l’Aïd el Adha, également appelée Aid el kébir, mais encore la fête de tabaski en Afrique sub-saharienne ou parfois aussi la fête du mouton, la fête du sacrifice.

Une célébration plurielle

J’aurais voulu écrire fêtent à l’unisson puisque l’Aid el Adha se célèbre le lendemain du jour de Arafat, ce dernier étant circonstanciel il est universel puisqu’il manisfeste le moment où les pèlerins se rendent sur le Mont Arafat à la Mecque, le 9ème jour de Dhoul al Hija, en Arabie Saoudite donc1. Logiquement et c’est globalement respecté dans le monde musulman à quelques exceptions près, tous les musulmans devraient « fêter » l’Aïd el Adha le même jour. Quoi que cette ambiguïté ne soit pas elle-même révélatrice de l’ambiguïté existante autour du concept même de fête en islam comme nous allons le voir.

1 note concernant le calendrier lunaire : Le calendrier musulman est lunaire, il dure 29 ou 30 jours. Traditionnellement, le nouveau mois est annoncé lors de la vision du nouveau croissant de lune, la nuit précédant le jour en Islam, la journée et par là même le mois commencent à la tombée de la nuit. Certains pays qui ne voient pas le croissant font commencer leur mois un jour plus tard (d’autre pour des raisons de commodité délaissent la sunna au profit de la méthode astraunomique et fixent le calendrier à l’avance), ces dernières années c’est le cas du Maroc qui se démarque systématiquement en ne commençant pas le Ramadan en même temps que les autres pays musulmans mais chose plus surprenante, en réitérant ce « retard » jusqu’à Dhoul al hijja, créant ainsi un décalage lors de la célébration de l’Aïd el kébir (Alors qu’ils fêtent aïd el Fitr, la fin du mois de ramadan, en même temps que ceux qui l’ont commencé un jour plus tôt.)

Cette célébration se manifeste différemment selon les pratiques institutionnelles et cultuelles établies dans le pays où nous vivons, qu’il soit musulman ou non, ainsi qu’en fonction de notre cellule familiale, de sa composition (présence ou pas d’homme) et peut-être aussi selon l’attachement que chacun porte à la sunna (tradition prophétique). Concernant la manifestation de ce rituel au sein de divers pays où vivent des musulmans, notons par exemple qu’au Maroc la pratique la plus répandue veut que chaque chef de famille qui en a les moyens sacrifie lui même un mouton, alors qu’en Egypte, comme c’est le cas pour les pèlerins à la Mecque, le sacrifice se fait au nom du chef de famille, par un tiers, habilité. Au Québec, lorsqu’on s’y prend à l’avance il est possible d’ aller dans une ferme récupérer un mouton et le sacrifier sur place après la prière de l’Aïd comme on le ferait dans un pays musulman, ou encore de le réserver auprès d’une boucherie qui se chargera de l’abattage et de la découpe au nom du chef de famille qui l’a réservé.

Le respect de la norme en vigueur, d’après l’imam el Nawawi

Par ailleurs, dans chaque pays où il est interdit de faire soi-même ce rituel et où vivent des personnes habituées à l’effectuer, on en trouvera qui transgresseront les normes légales établies pour pouvoir réaliser ce qu’ils estiment comme fondamental, semblant ignorer qu’en islam, nous avons l’obligation d’obéir aux dirigeants, sauf dans le péché, tel que le stipule un des titres de chapitre du livre de l’imam Nawawi, rahmato allah ‘aleyhi, dans lequel il est rappelé ce verset : Allah le Très-Haut a dit : « Ô croyants ! Obéissez à Allah et obéissez au Messager et à ceux qui détiennent le commandement »(4:59), et au paragraphe suivant : d’après Ibn ‘Omar radi Allah enhou, « Tout musulman doit écouter et obéir, bon gré mal gré, sauf si on lui ordonne de désobéir (à Allah). Auquel cas il ne doit ni écouter ni obéir. » Et d’après Anas, radi Allah enhou, le Messager d’Allah a dit « Tu es tenu d’écouter et d’obéir, dans l’aisance comme dans la pauvreté, bon gré mal gré, et même si on te lèse dans tes droits ». Ce qui souligne que l’Islam a en horreur l’anarchie et fait primer la collectivité sur l’individu en invitant chaque citoyen musulman à respecter les lois du gouvernement dans lequel il vit. Il est totalement incongru de penser que l’on peut agir en hors la loi du moment que nous ne sommes pas en pays musulman tout en continuant à vivre délibérément au sein même de ce pays et cela, quand bien même on s’estimerait être discriminé. Ce qui ne signifie pas que nous devons délaisser toute lutte sociale et esprit critique pour faire valoir nos droits et amener le progrès social mais que nous ne devons pas non plus agir en solitaire de façon illégale en se fiant à notre propre ressenti. D’autant plus que la pluralité des pratiques de par le monde autour de la fête de l’Aïd el Adha démontre, comme on va le voir par la suite, que cette célébration s’inscrit dans un long processus d’islamisation des sociétés qui laisse une large part à la manifestation de la pratique sous différente forme. Ainsi ne pas sacrifier soi-même ne serait pas un péché, alors que le faire d’une manière perçue comme mauvaise dans le pays où l’on se trouve en serait un, d’autant plus lorsqu’on réfléchi aux conséquences. Est-ce en effet bien utile de donner du grain à moudre aux islamophobes de tout bord, au combien présent de nos jours en leur donnant à voir une communauté dont les membres « égorgeraient des moutons dans leur baignoire », alors même que cette pratique est interdite pour des raisons sanitaires.

Ceci traduit une grande difficulté présente de nos jours dans notre communauté qui consiste à privilégier la manifestation de la pratique rituelle, à sa bonne compréhension intellectuelle, c’est-à-dire, sa forme à son fond. Ainsi le visible est bien souvent malheureusement plus présent que l’invisible. Je vous renvoie à mon article De la sincérité des actes [VIDÉO] qui reprend l’idée développée par Cheikh el Ansari rahmato allah ‘aleyhi, selon laquelle il nous est invité à faire preuve de « compliance » en joignant dans chaque acte d’adoration le fond et la forme, l’intériorité et l’extériorité, la manifestation apparente et le sens caché. Mais revenons à l’origine de cette célébration.

Allah aurait empêché Ibrahim, de réaliser sa vision, vision qui ne serait alors nullement un ordre divin, mais qui au contraire proviendrait de ce qu’il avait pu voir ou entendre et reproduire en rêve, le meurtre d’un enfant étant une pratique répandue à l’époque.

Les fondements de l’Aid el Adha

Quels sont les fondements de l’Aid el Adha ? Comment Allah -Al Rahman (le miséricordieux), Al Rahim (le tout miséricorde), a-t-il pu ordonner, comme il est communément admis, à son bien aimé, le Prophète Ibrahim, aleyhi salat wa salam, affectueusement surnommé Khalil Allah, ami intime d’Allah tant leur proximité était grande, qu’ Il lui prouve sa foi, son amour, sa dévotion, sa soumission, en lui enjoignant de sacrifier son cher fils. Cette question surgit en moi chaque Aid el Adha depuis ma conversion et je suis toujours étonnée des réponses que la communauté apporte dans sa grande majorité.

Le sacrifice, une nécessité pour servir convenablement son maître ou un dommage inutile à l’adoration de son créateur ?

L’année passée, j’ai par exemple pu entendre une vidéo qui m’a laissée perplexe en terminant par :  » Cette fête est donc l’occasion pour nous de scruter nos coeurs pour savoir si nous aussi, nous n’aurions pas un amour à sacrifier, pour nous permettre de nous rapprocher d’Allah« , PODCAST : LE SACRIFICE D’IBRAHIM. Quel syllogisme maladroit, quelle dénaturation de l’esprit même de cet épisode religieux. Pourquoi l’amour serait-il un obstacle à l’adoration d’Allah et surtout que signifie le verbe sacrifier ? En quoi l’amour d’Ibrahim pour son fils était-il un obstacle à son amour pour Allah ? Etait-il malsain comme on pourrait le déduire de cette conclusion qui nous enjoint à nous débarrasser de tout amour qui nous ferait délaisser Allah ? Rien de tel, en rien il n’est fait mention que l’amour d’Ibrahim pour son fils était un obstacle à son amour pour Allah, ni à son adoration et enfin et surtout comment ce sacrifice interprété ainsi peut-il être inspirant pour nous alors que personne ne serait en mesure de l’imiter, une telle action étant proscrite par la morale et le Coran lui-même, qui condamne vigoureusement l’infanticide :

وَكَذَٰلِكَ زَيَّنَ لِكَثِيرٍ مِّنَ الْمُشْرِكِينَ قَتْلَ أَوْلَادِهِمْ شُرَكَاؤُهُمْ لِيُرْدُوهُمْ وَلِيَلْبِسُوا عَلَيْهِمْ دِينَهُمْ ۖ وَلَوْ شَاءَ

اللَّـهُ مَا فَعَلُوهُ ۖ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ

Et c’est ainsi que leurs divinités ont enjolivé à beaucoup d’associateurs le meurtre de leurs enfants, afin de les ruiner et de travestir à leurs yeux leur religion. Or si Allah voulait, ils ne le feraient pas. Laisse-les donc, ainsi que ce qu’ils inventent.

Sourate 6 verset 137

Sacrifice et christianité, anecdotes personnelles et sens théologique

En tant qu’ancienne catholique je me permets de vous raconter un épisode de mon cheminement. Des années avant d’être invitée à embrasser l’Islam, Al Hamdoullilah la foi ne m’ayant jamais quittée, je me suis rapprochée de l’Eglise. Le prête m’a alors invitée à suivre des cours du soir pour effectuer un des sacrements qui me manquaient, à savoir la confirmation (j’étais déjà baptisée et j’avais mes deux communions, première communion et profession de foi). Une fois par semaine nous étions un petit groupe de croyants qui ensemble perfectionnions nos connaissances religieuses autour de textes et de discussions. Un jour le débat porta sur la notion de sacrifice, notion très présente dans le christianisme du fait que pour ses adeptes, Jésus (Issa en arabe, aleyhi salam) s’est sacrifié pour sauver l’humanité, -du moins la partie chrétienne de cette dernière-. Ainsi grâce au don de sa personne, Jésus aurait lavé l’humanité du péché. Selon l’évangile de Jean, Jean Baptiste (Yehya en arabe, aleyhi salam) dit en désignant Jesus lors de son baptême : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » Jn 1, 29-34. La notion d’agneau pour le moins intéressante, puisqu’elle souligne qu ‘ il était déjà commun de le sacrifier dans les religions pré-islamiques. Plus précisément, ce à quoi la notion de sacrifice a fait écho en moi lors de cette discussion, c’est un cours de philosophie qui m’est revenu où l’on parlait de l’altruisme et où il était dit qu’il en existe deux formes, l’une bénéfique, l’autre néfaste. Faire du bien en se faisant du bien, c’est gagnant-gagnant, c’est le propre de l’altruisme. Or se sacrifier pour sauver quelqu’un, c’est se faire du mal pour faire du bien à autrui. Il s’agit donc d’un mauvais altruisme, que dire alors du fait de faire du mal à quelqu’un d’autre pour faire du bien ? Et pire encore alors dans le cas du sacrifice d’Ibrahim où il s’agit de faire du mal, de tuer pour répondre à une injonction divine qui n’a pas de fondement, qui n’est en rien nécessaire, Allah n’ayant nullement besoin de ce sacrifice et ce sacrifice ne bénéficiant à personne. Pour en revenir à cette expérience de formation en vue de ma future confirmation, je me souviens de la réponse du prête qui n’était pas d’accord, comment aurait-il pu l’être, ne leur demande-t-on pas de par le célibat sacerdotal (règle selon laquelle seuls des hommes célibataires peuvent être ordonnés prêtres) de sacrifier à la communauté la vie de famille à laquelle ils auraient pu aspirer (il en va de même pour les religieuses – soeurs catholiques), il me donna un exemple en me disant : « si un ami vous répond au téléphone parce qu’il n a rien d’autre à faire, ça n’a pas la même valeur que s’il prend le temps de vous écouter alors même qu’il sacrifie autre chose ». Or, personnellement je ne souhaite déranger personne et préfère que celui qui va prendre du temps pour moi en bénéficie pour lui même en retour. Je me demande si ce n’est pas ici que s’est arrêtée ma formation, je crois que je n’y suis plus retourner après tant le fossé semblait grand entre cette conception sacrificielle et la notion du bien que je me représente, fossé auquel s’ajoutait le concept de trinité si peu intelligible qui veut faire du père, du fils et du Saint Esprit un seul et même Dieu unique tout en le séparant en trois concepts bien distincts.

Le renoncement versus le sacrifice

Arrêtons-nous rapidement sur la notion de sacrifice qu’il ne faut pas confondre avec celle de renonciation. La renonciation est à court terme une chose qui apporte a long terme un bénéfice. Par exemple lorsqu’en amitié nous nous rapprochons les uns les autres en se rendant service, nous renonçons par exemple à un loisir pour aider notre proche et par ricoché, notre relation est renforcée. Nous ne dirons pas à notre ami que l’on va se sacrifier pour lui auquel cas notre action serait clairement dénaturée, de même lorsque l’on donne fissabillillah (pour la face d’Allah) une sadaka (aumône), on renonce à un bien disponible immédiatement tout en sachant qu’elle nous sera bénéfique via un retour sur investissement dont Allah seul est le connaisseur. Ce qui ne signifie pas non plus qu’on le fait égoïstement par intérêt mais cela encourage notre penchant humaniste et confirme notre volonté de bien faire. Alors que là où le renoncement apporte un bien à long terme, le sacrifice plus qu’un renoncement temporaire, est un acte définitif non dépourvu de souffrance. Maria Montessori disait que le châtiment et les récompenses à l’école sont une forme d’esclavage de l’esprit nous poussant à agir pour satisfaire une approbation extérieure au lieu de nous réaliser pleinement, le maître d’école en punissant ou en récompensant rend l’enfant esclave de ses propres attentes dans une dynamique de transmission du savoir horizontale et à sens unique : les enfants cloués sur leur banc doivent se plier au exigence de l’enseignant pour qu’il puisse dans la discipline déverser son savoir. Ne laissons pas de côté notre penchant spirituel en nous complaisant à faire du bien à autrui au sacrifice de nous-même. Ceci nous pousserait à accumuler de la rancoeur, à vouloir obtenir de la reconnaissance, et serait contraire à la notion même de fissabillilah -pour la face d’Allah- : agir avec pour intention la satisfaction d’Allah et être pleinement satisfait en retour. Ce serait même malsain, pensons aux parents qui culpabilisent leurs enfants en disant : « J’ai sacrifié ma vie pour toi » dans le but de les contraindre à une reconnaissance forcée. Au contraire prenons acte de ce que nous incite à accomplir l’Islam en agissant non pas par crainte de l’enfer, ni par arrivisme pour accéder au paradis mais en cherchant à nous réaliser nous-même, à nous faire du bien en réalisant de bonnes oeuvres de façon désintéressée. Il s’agit ici de troquer la notion de sacrifice pour celle d’efforts, et d’orienter bien son esprit afin qu’il soit sur le chemin des rapprochés d’Allah dont l’intention en bien agissant, satisfait le plus profond d’eux même tout en satisfaisant Allah. Ceux qui ne nuisent à personne, tout en satisfaisant pleinement leur propre personne, dont le développement personnel est riche et qui inspirent autrui. Bien sûr leur comportement ainsi, satisfait pleinement Allah et ils ont conscience d’être sur le droit chemin mais il sont surtout conscients que la récompense qu’est le Paradis est la conséquence juste de leur agissant et non pas leur motivation première. La motivation du fissabillah est le bien tout simplement : pour soi-même, pour autrui, pour la société dans tout son ensemble.

Les interprétations du sacrifice d’Ibrahim

Venons-en clairement au sacrifice d’Ibrahim. Qu’en est-il réellement ? Deux interprétations sont possibles de ce passage du Coran que nous allons retranscrire dans sa version originelle puis en français selon deux traductions, celle de Mohammad Hamidoullah puis celle de Jacques Berque que nous préférons :

فَبَشَّرْنَٰهُ بِغُلَٰمٍ حَلِيمٍۢ

فَلَمَّا بَلَغَ مَعَهُ ٱلسَّعْىَ قَالَ يَٰبُنَىَّ إِنِّىٓ أَرَىٰ فِى ٱلْمَنَامِ أَنِّىٓ أَذْبَحُكَ فَٱنظُرْ مَاذَا تَرَىٰ ۚ قَالَ يَٰٓأَبَتِ ٱفْعَلْ مَا تُؤْمَرُ ۖ سَتَجِدُنِىٓ إِن شَآءَ ٱللَّهُ مِنَ ٱلصَّٰبِرِينَ

فَلَمَّآ أَسْلَمَا وَتَلَّهُۥ لِلْجَبِينِ

وَنَٰدَيْنَٰهُ أَن يَٰٓإِبْرَٰهِيمُ

قَدْ صَدَّقْتَ ٱلرُّءْيَآ ۚ إِنَّا كَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ

إِنَّ هَٰذَا لَهُوَ ٱلْبَلَٰٓؤُا۟ ٱلْمُبِينُ

وَفَدَيْنَٰهُ بِذِبْحٍ عَظِيمٍۢ

وَتَرَكْنَا عَلَيْهِ فِى ٱلْءَاخِرِينَ

سَلَٰمٌ عَلَىٰٓ إِبْرَٰهِيمَ

كَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ

إِنَّهُۥ مِنْ عِبَادِنَا ٱلْمُؤْمِنِينَ

(سورة الصافات- 37 (101-111

Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime.

Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, Il dit: « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses.» Il dit: « Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants. »

Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes: « Ibrahim (Abraham) !

Tu as confirmé la vision. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. »

C’était là certes, l’épreuve manifeste.

 Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse.

Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité:

« Paix sur Ibrahim (Abraham). »

Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants;

car il était de Nos serviteurs croyants.

Sourate 37 As Saffat (Les rangés) versets 101 à 111 Traduction d’Hamidullah

Nous lui fîmes donc l’annonce d’un garçon longanime1

quand ce dernier parvint à l’âge actif, il lui dit : « Mon enfant je me suis vu en rêve t’égorger. Examine quel parti prendre ». Le fils dit : « Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. Vous me trouverez, si Dieu veut, patient entre tous ».

Ayant ainsi tous deux manifesté leur soumission, il le jeta à terre sur la tempe.

alors Nous l’appelâmes : Abraham !

tu as avéré la vision. Ainsi les bel-agissants Nous rétribuons

ce n’était là qu’épreuve d’élucidation ».

Nous le rachetâmes contre une prestigieuse victime. »2

Nous l’avons maintenu jusqu’aux ultimes

Salut sur Abraham au sein des univers

ainsi récompensons-Nous les bel-agissants

entre tous Nos adorateurs, il était croyant.

1 : Ismaël sera le héros de la scène d’oblation. Comme la même chose devait arriver à Abd Allah, père du Prophète. Celui-ci, appelé par un bédouin « fils des deux égorgés, sourit (hadith).

2 : « Prestigieuse victime ». Observons que dhibh n’est pas un nom verbal, vu la vocalisation. Les commentateurs interprètent a’zîm, « prestigieux », comme une allusion à l’origine miraculeuse de l’animal »

Sourate 37 As Saffat ( En rangs) versets 101 à 111 traduction de Jacques Berque

Le postulat qui a a été établit par la grande majorité des savants c’est qu’Allah a mis à l’épreuve Ibrahim pour tester sa foi. Or ce que d’autres ont analysé et qui rejoint aussi mon humble interprétation, c’est que la « vision » qu’a eu Ibrahim -Aleyhi salat wa salam- n’est en rien, une injonction divine. Tous les Prophètes sont également des hommes, et il leur arrive comme nous tous de faire des erreurs, plus ou moins graves. Pensons à Moussa -aleyhi salam- qui tua un homme, ou encore à Younous, -Aleyhi salam-, qui délaissa son peuple en besoin de guidance, à Adam qui a désobéi, et même à notre cher Nabi Mohammed -salala aleyhi wa salam- lorsqu’Il se détourna de l’aveugle (sourate 80 Abasa, il s’est renfrogné/ l’air sévère سورة عبس ), les exemples sont nombreux.

Ainsi, Allah aurait empêché Ibrahim, de réaliser sa vision, vision qui ne serait alors nullement un ordre divin, mais qui au contraire pouvait provenir de ce qu’il avait pu voir ou entendre et reproduire en rêve, le meurtre d’un enfant étant une pratique répandue à l’époque.

Quand Allah révèle :  » tu as avéré la vision. Ainsi les bel-agissants Nous rétribuons, ce n’était là qu’épreuve d’élucidation  » « وَنَٰدَيْنَٰهُ أَن يَٰٓإِبْرَٰهِيمُ قَدْ صَدَّقْتَ ٱلرُّءْيَآ ۚ إِنَّا كَذَٰلِكَ نَجْزِى ٱلْمُحْسِنِينَ إِنَّ هَٰذَا لَهُوَ ٱلْبَلَٰٓؤُا۟ ٱلْمُبِينُ « . La bonne compréhension de l’adjectif Al Moubiin : ٱلْمُبِينُ en arabe dépend du contexte, sa racine ayant plus d’une dizaine de sens, dont l’une présente dans l’expression qitabum Moubiin (le livre explicite/au sujet duquel il n’y a pas de doute) qui qualifie le Coran et signifie « clair, qui explique avec clairvoyence, lucidité, d’où la traduction de J. Berque « élucidation ». Un des noms d Allah est el Moubayin : celui qui montre clairement, au sujet duquel il n’y a pas de doute. Quand au nom qui le précède : ٱلْبَلَٰٓؤُا۟ al bala’ou, il signifie l’épreuve, l’angoisse, la tristesse. ٱلْبَلَٰٓؤُا۟ ٱلْمُبِينُ : Al bala’ou al moubiin pourrait ainsi souligner qu’il s’agissait d’ une « épreuve d’élucidation », i.e. que la difficulté et l’angoisse de cette vision résidaient dans la bonne compréhension qu’Ibrahim devait en faire. D’autant plus qu’en tant qu’ami intime (Khalil Allah) d’Allah, on comprend il ait pu facilement Lui attribuer sa vision.

Cependant quand on lit attentivement ce passage : « mon enfant je me suis vu en rêve t’égorger. Examine quel parti prendre » (v102), on s’aperçoit qu’Ibrahim -Aleyhi salam- doute et demande ainsi à son fils de décider. Ce dernier est celui qui semble lever le doute qui saisissait son père en attribuant cette vision à un « commandement » : « Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. » Ismaïl -Aleyhim salam- cherche aussi à le rassurer et à lui prouver sa soumission envers Allah et sa patience en ajoutant « vous me trouverez, si Dieu veut, patient entre tous ». Quant au fait qu’Allah affirme après que tous deux aient manifestés leur soumission et juste avant qu’Il ne fasse descendre la bête à immoler, que « c’est ainsi qu’Il récompense et rétribue les bel-agissants » (v105), cela peut signifier non pas, qu’Ibrahim et Ismaïl sont récompensés pour avoir cru en la vision mais qu’Allah les aime et les sauve de cette épreuve d’élucidation à laquelle ils auraient échoué et qu’Allah les sauve de par sa miséricorde envers les mouhsinin (ٱلْمُحْسِنِينَ) ses adorateurs dévoués dont le comportement et la spiritualité excellent de manière générale. Allahou a’lam.

De même quand Allah l’appelle et lui dit : « Abraham ! Tu as avéré la vision. » (37.105), ce que J. Berque traduit par « tu as avéré » est parfois traduit par « tu as confirmé », « tu as cru », « tu as eu foi », tous étant des sens possible de صَدَّقْتَ, sadaqta. Ceci peut nous laisser penser que c’était ce qu’il fallait faire et que cette vision provenait d’Allah surtout qu’Allah dit ensuite récompenser Ibrahim d’être un bien-faisant. Or l’on peut croire, avérer, avoir foi en quelque chose et se tromper. Dans ce cas on pourrait se demander pourquoi Allah dit récompenser Ibrahim -Aleyhi salam- malgré tout, il le récompense en sauvant Ismaïl car Allah est juste et miséricordieux et il le récompense aussi pour son intention qui était de se soumettre totalement à ce qu’ils ont pensé être une injonction divine. Bien entendu tout celà laisse une marge d’interprétation et nécessite une longue réflexion qui peut paraître tirée par les cheveux, or ce qui est pour le moins tiré par les cheveux c’est d’imaginer Allah ,wa ta’la, donner un ordre inutile par simple volonté de tester un prophète qui a déjà mainte fois prouver sa soumission, alors qu’Allah sait ce qui était dans sa poitrine, i.e. qu’il était déjà entièrement musulman (soumis à Allah unique). Et cela est d’autant plus illogique qu’il serait détestable, et même interdit à tout croyant de reproduire cette épreuve. Il n’y a aucune leçon à en tirer, contrairement par exemple à la souffrance endurée par Yaqoub (Jacob) durant l’absence de Youssef où toute l’histoire regorge d’éthique : Allah a certes privé Yacoub de son fils suite à l’injustice de ses frères, mais Allah envoie un messager à Yacoub pour le rassurer sur le sort de son fils, Yacoub garde espoir, les frères regrettent ce que leur jalousie les a conduit à faire lors de l’épisode de Binyamin en Egypte. Et enfin la morale finale apparait lorsque la vision de Youssouf est avérée, que Yacoub le retrouve et qu’ils exultent. Ici la séparation, la souffrance avait un but, il s’agissait d’un renoncement et non pas d’un sacrifice. Ce qui n’est pas le cas dans l’interprétation communément admise du sacrifice d’Ibrahim. Mais ce qui paraît non inspirant, le devient tout à coup, si on comprend cette épreuve manifeste comme une façon pour Allah de nous prouver sa grande miséricorde envers les bel-agissants bien intentionnés, quand bien même ils feraient des erreurs d’interprétations.

Je ne cherche pas à me placer en porteuse de vérité ni a contredire des savants dont la science n’a nulle pareille avec la mienne, mais simplement à redonner du sens à la plus grande célébration musulmane qui en manque cruellement de nos jours.

Analyse autour de la pratique du sacrifice de l’Aïd

En effet en ce qui concerne la célébration elle même, il faut la encore analyser notre religion et en rationaliser la pratique. Plusieurs questions se posent auquelles je n’ai pas toutes les réponses et que je vais laisser ouvertes mais peut-on par exemple imiter sans réfléchir la pratique de l’abattage d’un mouton par foyer et se retrouver avec un surplus difficile à écouler de viande, aulieu de festoyer et de partager un met rare tel que c’était le cas à l’époque. Quand on pense qu’a l’époque le prophète -salala aleyhi wa salam- n’allumait pas de feu de cuissons durant plusieurs semaines (hadith, Imam NAWAWI) et se contentait de manger dattes et lait, on se doute bien que le sacrifice d’un mouton était un gage de joie pour toute la communauté qui allait en profiter. Que dire de ceux qui de nos jours s’endettent pour pouvoir perpétrer cette tradition alors que faire cela c’est aussi refuser la part que celui qui a égorgé doit donner à celui qui n’a pas pu le faire. On gagnerait tous à réfléchir à notre consommation en général, de viande tout au long de l’année et puis à la façon dont on pourrait cèlèbrer le plus agréablement possible l’Aid el Adha afin de lui redonner sa valeur d’Antan, autour du plaisir de se regrouper tous ensemble entre musulmans mais aussi entre voisins qui ne le sont pas pour les initier à notre belle culture islamique en partageant des mets, plus qu en cherchant à sacrifier à tout prix un mouton sans aucune spiritualité derrière. Notons qu’il n’y a aucune fatalité dans mes propos et que les actes de bien sont nombreux autour de cette fête comme durant le mois de ramadan. Cette année j’ai été à titre personnel particulièrement chanceuse. Ayant mis mon 3ème enfant au monde durant le mois de Rajab, j’ai pu jeuner durant Ramadan et une voisine éloignée est venue un soir avec tout un ftor complet en surprise, qu’Allah la récompense pour sa grandeur d’âme. Et ce l’Aid en Adha, étant en plein déménagement, nous n’avons pas pu célébrer cette fête, nous avons choisi d’acheter un mouton pour un village Dogon, au Mali, l’année ayant été particulièrement difficile pour eux. Étonnamment une voisine que je connais à peine et qui ne savait pas que je déménageais est venue nous apporter de la viande, alors même que j’en avais pas mangé Soubhan Allah wa ta’la. Je ne dénigre donc en rien la communauté musulmane qui jusqu’au Québec, arrive à faire preuve d’excellence, mais je souligne simplement certains points sur lesquels elle pourrait s’améliorer.

L’institutionnalisation de l’Aid el Adha : une fête a-coranique ?

le schème de ce terme n’est pas arabe et la notion de l’Aïd au sens de fête récurrente se serait institutionnalisée au fils du temps pour solidifier la communauté autour de rites communs

Pour aller plus loin, traitons de l’institutionnalisation de cette fête. Dans un article publié par Dr El Ajami, intitulé : La fête de l’Aïd, selon le Coran et en Islam et Isaac ou Ismaël, disponible à travers ce lien https://www.alajami.fr/index.php/2018/08/18/la-fete-de-laid-selon-le-coran-et-en-islam-et-isaac-ou-ismael-s37-v101-112-s23-v37/.

L’auteur explique de façon pertinente que la fête de l’Aïd est a-coranique, en ce sens que la notion même de Aid, au sens de fête, qui signifie en arabe quelque-chose qui revient, n’existe pas dans le Saint Coran. Dans le Coran, le mot ‘îd n’apparaît qu’une seule fois, sourate 5 verset 114, et fait référence à la table servie, descendue du ciel. Ici il ne signifie pas fête mais festin. Selon l’auteur le schème de ce terme n’est pas arabe et la notion de l’Aïd au sens de fête récurrente se serait institutionnalisée au fils du temps pour solidifier la communauté autour de rites communs. Ici l’ Aïd el Adha cimente la communauté en faisant coïncider un rite autour de deux événements qui selon l’auteur n’ont aucun lien entre eux : un passage du pèlerinage et le sacrifice d’Ibrahim. Le pélérinage a lieu chacun année (et cela depuis la période pré-islamique) ce qui fait naître un sens de répétition à la notion de Aid, sens qui n’apparaît nullement dans le coran ou ‘Id traduit uniquement la notion de festin.

Par ailleurs, l’auteur réfute l’interprétation donnée au terme nahara dans le verset 2 de la sourate 108, Al-Kawthar :

فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ, « Accomplis la Salât pour ton Seigneur et sacrifie.« 

En effet souvent interprété comme faisant référence au sacrifice de l’Aid el Adha, Dr El Ajami défend que c’est une erreur de faire ce rapprochement le verbe qui convient pour décrire le sacrifice du mouton étant plutôt dhabaha, signifiant section des carotides à la jonction du cou et de la tête. La notion de nahara devrait plutôt être traduite comme faire face, affronter, le verset devant alors être compris plutôt comme « alors prie ton Seigneur et fais face (à l opposition que tu rencontre dans ta mission de prédication)« . L’auteur nous explique en outre comment il lui paraît improbable que les deux fêtes communément célébrées en Islam ait été oubliée dans le Coran et j’ajouterai pour ma part, peu évoquée dans la sunna et le justifie par le fait qu’elles soient des constructions propres aux sociétés durant leur islamisation afin de réunir les fidèles autour de rites communs, eux-même empruntés aux monothéismes présents à l’époque sur lesquels l’islam devaient s’implanter.

Concurrence entre les monothéismes autour de la construction de l’Aïd el Adha

L’hypothèse émise par le Dr El Ajami est que l’institutionnalisation de l’Aid el Adha dans les sociétés islamisantes se serait inscrite dans un contexte concurrentiel. Associer Ibrahim à sa plus grande commémoration, permet à l’Islam, 3ème monothéisme venu mettre à jour les deux qui le précède, de regagner en antériorité, en reprenant à son compte des fête juives (nouvel an juif, où est célébré le sacrifice d’Isaac, Pâque juive où la sortie de Moïse d’ Égypte est célébrée par le sacrifice d’un bélier) et chrétiennes (Pâque chrétienne, où on mange l’agneau Pascal pour célébrer le sacrifice de Jésus) tout en utilisant autour de sa plus grande célébration la figure prophétique d’Ibrahim, antérieure à Moïse et Jésus.

Concluons en rappelant que l’objectif de cette recherche ne consiste pas à vouloir décrédibiliser une tradition commune à l’ensemble des sociétés musulmanes, chaque communauté ayant besoin de célébration où se réunir autour de festivité en lien avec les récits prophétiques qui les rassemblent. Son objectif vise au contraire à parfaire notre noble religion en harmonisant sa pratique à sa philosophie, en faisant se rejoindre la manisfestation de nos rites à leur bonne compréhension spirituelle afin de préserver notre foi et de faire preuve de justesse dans la pratique de nos célébrations.

Que la paix soit sur vous tous, mes chers frères et soeurs, je vous souhaite de passer de beaux moments en famille et entre amis dans la joie et l’harmonie avec les rappels et les bénédictions d’Allah qui vous couvrent.

Par Khadija

Je suis convertie à l'Islam depuis le Ramadan de l'année 2014. Je me ferai appeler ici par mon surnom, choisi en hommage à le mère des croyants Khadija bint Khuwaylid, radi allahu anha bien que j'ai gardé mon prénom de naissance dans ma vie courante. Je souhaite mettre à profit mon expérience et mes recherches sur l'Islam et d'autres domaines de la vie au service de la communauté musulmane et de l'ensemble de la société. Mon objectif est de faire connaître une vision sage de l'Islam, répandue chez ses pratiquants mais si peu en dehors de ce cercle. Puisse Allah nous permettre de faire partie de ses rapprochés, puisse Al Hadi nous faire embrasser As Sirat Al Moustaqim

12 réponses sur « Aïd El-Adha »

Jazaki allah kheir Meryem. C est pas faux, l article m a demandé un réel travail d investigation, beaucoup de réflexions de lectures et d échanges auxquels tu as participé, je t en remercie. Que la paix soit sur toi et ta famille. Allah yahfdekoum

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